Qu’est-ce que l’hantavirus et pourquoi en parler dans un DUERP ?

Les hantavirus forment une famille de virus à ARN portés par certains rongeurs sauvages (mulots, campagnols, rats). L’humain se contamine en inhalant des aérosols formés à partir d’urine, de salive ou de déjections sèches lorsqu’elles sont remises en suspension : balayage à sec, soufflette, déplacement de cartons stockés, démontage de matériaux dans des locaux infestés. Plus rarement, la contamination passe par un contact muqueux ou une morsure.

En Europe, la souche la plus fréquente est Puumala, à l’origine de la néphropathie épidémique, observée notamment en zones forestières du Nord-Est de la France. La souche Andes, citée dans l’actualité 2026, est plus rare mais préoccupante car des cas de transmission interhumaine ont été documentés. Côté symptômes, on parle de fièvre, douleurs musculaires, troubles rénaux ou, dans les formes pulmonaires, de détresse respiratoire.

Pour un employeur, l’enjeu n’est pas de devenir épidémiologiste mais d’identifier objectivement les situations de travail où l’exposition à des déjections de rongeurs est plausible. Dès lors qu’elle l’est, le Code du travail (articles R.4421-1 et suivants sur les risques biologiques) impose de l’évaluer et de la formaliser dans le DUERP.

Foyer d’hantavirus 2026 : ce que disent les autorités

Le gouvernement français, l’ECDC et l’OMS ont communiqué début 2026 sur un foyer d’hantavirus de souche Andes détecté sur le navire MV Hondius, avec un cas confirmé et un suivi des contacts. Les autorités qualifient le risque de faible pour la population générale, tout en rappelant les mesures de prévention à appliquer dans les environnements où des rongeurs peuvent être présents.

Pour les employeurs, cette actualité n’impose pas une refonte du DUERP, mais constitue un signal utile : c’est le bon moment pour vérifier que les unités de travail réellement exposées au risque rongeurs disposent de consignes écrites, d’EPI adaptés et d’une procédure en cas d’infestation. Une mise à jour ciblée vaut mieux qu’un ajout générique non suivi d’effet.

  • Souche dominante en France métropolitaine : Puumala (réservoir : campagnol roussâtre)
  • Souche Andes : rare, mais transmission interhumaine documentée
  • Risque population générale : faible selon OMS et ECDC
  • Risque professionnel : réel pour certaines activités identifiées

Métiers et activités les plus exposés au risque hantavirus

L’exposition professionnelle à l’hantavirus concerne avant tout les salariés qui interviennent dans des locaux fermés, peu ventilés, susceptibles d’avoir abrité des rongeurs, ou qui manipulent des matériaux contaminés par des déjections. La liste ci-dessous aide à identifier les unités de travail à examiner en priorité dans le document unique.

  • Entreprises de nettoyage : caves, greniers, archives, locaux techniques, logements insalubres, remises en état après sinistre
  • Agriculture et exploitations rurales : silos, granges, hangars de stockage, bâtiments d’élevage, manipulation de fourrages
  • BTP et second œuvre : rénovation de bâtiments anciens, démolition, désamiantage, isolation de combles, charpentes
  • Logistique et entreposage : entrepôts mal isolés, plateformes, stocks longue durée, retours marchandises
  • Gestion des déchets : déchèteries, centres de tri, ramassage, vidage de bennes
  • Dératisation, 3D et hygiène : intervention chez le client, manipulation de cadavres et de pièges
  • Forestiers, ONF, agents de parcs et jardins, gardes-rivières et personnels travaillant en zone boisée
  • Maintenance et techniciens : interventions ponctuelles en locaux fermés (chaufferies, sous-sols, faux plafonds)

Comment formuler le risque hantavirus dans le DUERP

Le DUERP doit décrire des situations de travail concrètes, pas des intitulés théoriques. Un risque biologique formulé comme “hantavirus” seul est peu exploitable : il vaut mieux le rattacher à une activité réelle, à une unité de travail identifiée et à des mesures de prévention qui pourront être suivies.

L’évaluation suit la même logique que pour les autres risques : décrire la situation, coter la fréquence d’exposition et la gravité potentielle, hiérarchiser, puis associer un plan d’actions daté avec un responsable.

  • Unité de travail : ex. “équipe nettoyage – interventions en caves et locaux fermés”
  • Situation dangereuse : “remise en suspension de poussières dans local potentiellement infesté”
  • Danger : risque biologique (hantavirus, leptospirose, pasteurellose) lié aux rongeurs
  • Mesures existantes : inspection préalable, ventilation, méthode humide, EPI
  • Mesures complémentaires : formation annuelle, kit dédié, procédure d’arrêt de tâche
  • Responsable et échéance pour chaque action

EPI et méthodes de nettoyage à privilégier

La logique de prévention repose sur la hiérarchie classique du Code du travail : éliminer la source, réduire l’exposition collective, puis recourir aux équipements de protection individuelle. Concrètement, traiter d’abord l’infestation par dératisation, puis aérer et humidifier, et seulement ensuite procéder au nettoyage avec les EPI adaptés.

Les recommandations OMS, INRS et Santé publique France convergent : pas de balayage à sec, pas d’aspirateur ménager, pas de soufflette. Le nettoyage doit être humide, avec une solution détergente puis désinfectante (eau de Javel diluée selon les usages), et les déchets emballés dans un double sac fermé.

  • Gants étanches résistants (nitrile épais ou caoutchouc)
  • Protection respiratoire FFP3 si remise en suspension probable
  • Lunettes de protection ou écran facial
  • Combinaison jetable type 5/6 si forte contamination
  • Bottes ou surchaussures lavables
  • Sacs déchets à double épaisseur, fermeture sécurisée
  • Point d’eau, savon et solution hydroalcoolique à proximité

Conduite à tenir en cas d’infestation avérée

Lorsque les traces de rongeurs sont nombreuses (déjections fraîches, terriers, odeur caractéristique, matériaux rongés), la bonne décision n’est pas d’intervenir avec plus d’EPI, mais de stopper la tâche et de faire traiter l’infestation. C’est ce point qui distingue un DUERP utile d’un document de façade : il prévoit explicitement le droit, voire l’obligation, d’arrêter une intervention dangereuse.

  • Stopper l’intervention et baliser la zone
  • Signaler au responsable et tracer l’observation par écrit
  • Mandater une entreprise de dératisation certifiée Certibiocide
  • Aérer les locaux 24 à 48 h avant toute reprise
  • Réaliser le nettoyage avec méthode humide et EPI
  • Surveiller la santé des salariés exposés et orienter vers la médecine du travail au moindre symptôme

Intégrer l’hantavirus au DUERP sans le surcharger

Tous les DUERP n’ont pas vocation à intégrer ce risque. Un bureau classique, un commerce de centre-ville sans réserve à risque ou une activité 100 % tertiaire peuvent s’en tenir à une simple consigne de signalement en cas d’observation de rongeurs. À l’inverse, dès qu’une unité de travail intervient dans des locaux fermés, ruraux, anciens ou peu fréquentés, l’ajout devient pertinent.

Le bon réflexe est de cibler l’unité de travail concernée et d’associer une action concrète plutôt que d’ajouter une ligne générique “risque biologique” au niveau de toute l’entreprise. Cette approche garde un document lisible, défendable en cas de contrôle de l’Inspection du travail ou de la Carsat, et utile au quotidien.

Évaluer objectivement le risque hantavirus dans son entreprise

L’évaluation du risque biologique repose sur trois questions simples. La première : existe-t-il un réservoir potentiel de rongeurs sur les lieux d’intervention (bâti ancien, zone rurale, locaux peu fréquentés, présence de denrées ou de matériaux organiques) ? La deuxième : l’activité peut-elle remettre en suspension des poussières contaminées (nettoyage, démolition, manutention de stocks, vidage de bennes) ? La troisième : la ventilation et les EPI actuels permettent-ils de maîtriser cette exposition ?

Si la réponse aux deux premières questions est positive et que la troisième révèle une faille, le risque hantavirus doit figurer au DUERP de l’unité de travail concernée. Cette grille évite à la fois la sur-déclaration anxiogène et l’oubli pur et simple, qui exposerait l’employeur en cas de contrôle ou de maladie professionnelle reconnue.

Nettoyage de locaux infestés : protocole étape par étape

Les interventions de nettoyage dans des locaux où la présence de rongeurs est avérée constituent la situation la plus à risque. Un protocole écrit dans le DUERP, partagé avec les équipes et affiché sur le terrain, permet de standardiser les bons gestes et de limiter les improvisations sur chantier.

La règle d’or : pas de balayage à sec, pas d’aspirateur ménager, pas de soufflette. La remise en suspension des particules est précisément ce qui transforme une simple présence de déjections en risque infectieux par inhalation.

  • Étape 1 : inspecter visuellement le local avant toute intervention
  • Étape 2 : si traces nombreuses, mandater une dératisation et reporter le nettoyage
  • Étape 3 : ventiler le local 30 minutes minimum avant entrée prolongée
  • Étape 4 : enfiler les EPI (gants nitrile, FFP3, lunettes, combinaison si besoin)
  • Étape 5 : humidifier les surfaces avec solution détergente avant ramassage
  • Étape 6 : ramasser avec papier absorbant, jeter en double sac fermé
  • Étape 7 : désinfecter à l’eau de Javel diluée selon les usages
  • Étape 8 : retirer les EPI à l’envers, se laver les mains, tracer l’intervention

Risques biologiques associés : ne pas oublier leptospirose et pasteurellose

Si le DUERP cite l’hantavirus, autant traiter en cohérence les autres pathologies portées par les rongeurs et susceptibles de toucher les mêmes salariés. La leptospirose, transmise par l’urine de rats via une plaie ou les muqueuses, concerne notamment les égoutiers, agents d’entretien d’espaces verts et travailleurs en milieu humide. La pasteurellose et le typhus murin peuvent compléter la liste selon les contextes.

Cette approche regroupée est plus efficace : un seul protocole biologique, un seul kit EPI, une seule procédure d’arrêt de tâche, couvrent l’ensemble des risques liés aux rongeurs. Le DUERP gagne en lisibilité et la prévention en effectivité.

Formation, suivi médical et traçabilité

Le Code du travail impose, pour les agents biologiques pathogènes, une information et une formation des salariés exposés (article R.4425-6). Cette formation porte sur les risques, les bonnes pratiques, l’usage des EPI et la conduite à tenir en cas d’incident. Le DUERP doit faire référence à cette formation et indiquer sa fréquence.

Le suivi médical doit être organisé avec le service de prévention et de santé au travail (SPST). En cas d’exposition avérée à des aérosols issus de déjections de rongeurs, toute survenue de syndrome grippal, douleurs lombaires ou troubles respiratoires dans les six semaines doit conduire à consulter en précisant le contexte professionnel.

  • Formation initiale et recyclage périodique tracés
  • Liste nominative des salariés exposés tenue à jour
  • Fiche d’exposition individuelle au risque biologique
  • Visite d’information et prévention auprès du SPST
  • Procédure de déclaration des incidents et quasi-accidents

Foire aux questions : hantavirus et obligations employeur

Dois-je obligatoirement parler d’hantavirus dans mon DUERP ? Non, seulement si l’exposition est plausible dans une de vos unités de travail. Pour un bureau ou un commerce sans réserve à risque, une consigne de signalement suffit généralement.

Quelle est la responsabilité de l’employeur en cas de contamination professionnelle ? L’obligation est de moyens renforcée : avoir évalué le risque, formalisé les mesures, formé les salariés et fourni les EPI. À défaut, la faute inexcusable peut être retenue.

Faut-il déclarer l’hantavirus en maladie professionnelle ? Il figure au tableau n°96 du régime général (fièvres hémorragiques avec syndrome rénal d’origine professionnelle) sous conditions de délai et d’exposition. La déclaration relève du salarié, accompagné par le médecin et le SPST.